Composer avec Strudel
Strudel est une application web open source de programmation musicale en temps réel. Elle permet de composer rapidement des lignes rythmiques et mélodiques au point d'être régulièrement utilisé lors de session live de musique électronique.
Il se trouve que j'ai découvert l'application à peu près au même moment où je suis tombé sur ce morceau d'Hania Rani.
Et l'effet que la première écoute a eu chez moi.

En tant que non musicien, on s'habitue vite au mélange de fascination et de frustration qu'un morceau peut provoquer. Mais cette fois, le sentiment a frappé un peu plus fort que d'habitude, et les connections provoquées par le hasard des circonstances m'ont amené à me demander si une compréhension basique de la théorie musicale me suffirait à comprendre ce qui se joue dans ce morceau et à exprimer mes propres idées grâce à Strudel.
Ce tutoriel résume ce cheminement. Vous pourrez jouer avec les éléments de code sans connaissance préalable, mais une compréhension des gammes et de la construction des accords le rendra plus abordable. Je laisse également le soin au quickstart directement disponible sur le site strudel.cc, de vous expliquer la syntaxe de base de l'application (Getting started).
Par chance, nous pouvons nous appuyer sur le travail d'autres passionnés pour trouver des transpositions sur partitions de Buka sur le net. La première étape a consisté à les retranscire directement dans Strudel.
Cliquez sur play pour lancer la transcription, strudel se chargera du reste. Le morceau sera joué en boucle tant que vous ne choisissez pas de le stopper.
Il est alors possible d'identifier la gamme utilisée... du moins quand on ne sait pas le faire directement depuis une partition. A ce stade, je me doute déjà qu'un changement de gamme a lieu en cours de morceau, mais commençons par le début, en repérant les notes parcourues sur les premières mesures. Papier. Crayon.
| A | A# | B | C | C# | D | D# | E | F | F# | G | G# |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| X | X | X | X | X | X | X |
On est donc soit sur du D majeur, soit du B mineur naturel (Si mineur). A partir de la mesure 26, on voit effectivement que le C# est réduit d'un demi-ton, ce qui nous amènerait sur une gamme de G majeur ou E mineur naturel.
Seules trois notes sont parcourues à chaque mesure, par la main droite, faisant penser à une progression d'accord en arpège. Donc, si on écrit les accords de la gamme B mineur on obtient:
| I | II | III | IV | V | VI | VII |
|---|---|---|---|---|---|---|
| B | C# | D | E | F# | G | A |
| D | E | F# | G | A | B | C# |
| F# | G | A | B | C# | D | E |
Le lien entre notes parcourues sur les premières mesures et les accords correspondants permettent de déduire la progression d'accords parcourue, s'il s'agit bien de B mineur: IV-I-V-VII. La tonale (I), la quarte (IV) et la quinte (V) sont des intervalles courants dans les progressions d'accord.
Vérifions comment ça sonne à l'oreille.
et en ajoutant, le motif d'arpège.
Très vite, le morceau accompagne la progression d'une ligne mélodique simple qui semble lui répondre en passant beaucoup de temps sur la clé de la gamme (B), puis le moment de bascule vient lors du changement de gamme.
On peut se demander si ces simples idées ne suffisent pas déjà à bricoler quelque chose:
- Trouver des progressions d'accords qui sonnent dans la gamme de son choix,
- Ajouter une ligne mélodique simple autour de la clé choisie,
- Introduire une variation en changeant de gamme.
Commençons par la progression d'accords. Les ayant déjà tous définis, on peut rapidement enchainer plusieurs variations pour se fixer sur ce qui sonne à son goût. Me concernant, je me suis arrêté là dessus.
Viens alors la ligne mélodique, là encore basée sur de rapides expérimentations grâce au système de boucle offert par l'application.
Mais je n'oublie pas que c'est le changement de gamme qui produit son petit effet. Vérifions ça tout de suite.
Ne reste plus qu'à travailler un peu sur l'athmosphère globale avec l'introduction de modulation, de sons d'ambiance et de battements de coeur pour avoir un début d'idée.
L'expressivité du langage associé au système de boucle rendent la recherche de motifs très intuitive. On peut, sans trop savoir où l'on va, en définir les grandes lignes et passer en revue énormément de variations en peu de temps en se fiant à son oreille. Ce que font probablement les musiciens en temps normal, sauf qu'ici c'est quelqu'un qui est d'ordinaire à la place du spectateur qui le fait.
Je vous laisse avec la version finale (?) de ce croquis musical.